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Le bail mobilité : principe et durée

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Créé par la loi ELAN du 23 novembre 2018 et inséré aux articles 25-12 et suivants de la loi du 6 juillet 1989, le bail mobilité répond à une situation que les contrats classiques traitaient mal : celle du locataire de passage. Un étudiant qui suit un semestre dans une autre ville, un salarié muté pour quelques mois, un apprenti en alternance n’ont besoin ni d’un bail meublé d’un an, ni des contorsions d’une location saisonnière. Ce contrat court, sans dépôt de garantie et sans reconduction, leur offre un cadre juridique propre. Encore faut-il en connaître les limites, car elles sont nombreuses et strictement définies.

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Le bail mobilité s’adresse aux locataires en situation temporaire, pour une durée de un à dix mois.

La durée du bail mobilité : de un à dix mois, sans renouvellement

La durée est le cœur du dispositif. Le bail mobilité est conclu pour une période comprise entre un mois minimum et dix mois maximum, librement fixée par les parties dès la signature. Il n’est ni renouvelable, ni reconductible tacitement. La seule souplesse admise consiste à le modifier une fois par avenant, à condition que la durée totale ne dépasse jamais le plafond de dix mois.

Passé ce terme, si le locataire reste dans les lieux avec l’accord du bailleur, la relation bascule automatiquement dans le régime du bail meublé de droit commun : un an, ou neuf mois pour un étudiant. Le propriétaire ne peut pas enchaîner deux baux mobilité successifs avec le même locataire pour le même logement, ce qui serait un détournement manifeste du dispositif.

Côté locataire, la sortie est libre : il peut donner congé à tout moment, moyennant un préavis d’un mois, notifié par lettre recommandée avec accusé de réception, par acte de commissaire de justice ou par remise en main propre contre récépissé. Le bailleur, lui, ne dispose d’aucune faculté symétrique : il ne peut pas mettre fin au contrat avant son terme.

Qui peut en bénéficier ? Une liste fermée

Le bail mobilité n’est pas ouvert à tout le monde. Le locataire doit justifier, à la date de prise d’effet du contrat, d’être dans l’une des situations limitativement énumérées par la loi. Le motif doit d’ailleurs figurer dans le contrat lui-même.

  • Formation professionnelle en cours.
  • Études supérieures.
  • Contrat d’apprentissage.
  • Stage.
  • Engagement volontaire dans le cadre d’un service civique.
  • Mutation professionnelle.
  • Mission temporaire dans le cadre de son activité professionnelle.

En dehors de ces cas, le contrat est irrégulier et risque d’être requalifié en bail meublé classique par un juge, avec les conséquences que cela implique pour le bailleur : durée d’un an, droit au maintien dans les lieux, encadrement du congé. Le propriétaire a donc tout intérêt à conserver le justificatif de la situation invoquée.

Un logement meublé, sans dépôt de garantie

Le bail mobilité ne peut porter que sur un logement meublé et décent, c’est-à-dire équipé de manière à permettre au locataire d’y vivre immédiatement avec ses seuls effets personnels. La liste minimale du mobilier est fixée par décret : literie avec couette ou couverture, plaques de cuisson, four ou four à micro-ondes, réfrigérateur avec compartiment permettant une température inférieure ou égale à – 6 °C, vaisselle et ustensiles, table et sièges, étagères de rangement, luminaires et matériel d’entretien adapté au logement. Un inventaire du mobilier et un état des lieux doivent être annexés au contrat.

La particularité la plus notable est l’interdiction absolue du dépôt de garantie. Le bailleur ne peut en exiger aucun, ce qui constitue une différence majeure avec les autres contrats : sur ce point, notre article sur les règles du dépôt de garantie en location détaille les montants et délais applicables aux baux classiques. En contrepartie, le propriétaire conserve la possibilité de demander un garant, et le locataire peut mobiliser la garantie Visale d’Action Logement, gratuite et bien adaptée aux profils mobiles.

Point cléBail mobilitéBail meublé classique
Durée1 à 10 mois, non renouvelable1 an (9 mois pour un étudiant), reconductible
Dépôt de garantieInterdit2 mois de loyer hors charges maximum
Préavis du locataire1 mois1 mois
ChargesForfait obligatoireForfait ou provisions avec régularisation
Clause de solidarité entre colocatairesInterditePossible
Public viséListe limitative (études, mutation, mission…)Tout locataire
Comparaison du bail mobilité et du bail meublé de droit commun.

Loyer, charges et colocation

Le loyer est fixé librement, sous réserve des règles locales : dans les communes où l’encadrement des loyers s’applique, les plafonds valent aussi pour le bail mobilité, et dans les zones tendues les règles de fixation du loyer en cas de relocation s’imposent. Ce loyer ne peut pas être révisé en cours de contrat, ce qui est cohérent avec une durée aussi courte.

Les charges sont obligatoirement payées sous forme d’un forfait, versé en même temps que le loyer. Il n’y a donc ni provision, ni régularisation annuelle, ni justificatifs à produire — un mécanisme très différent de celui des dépenses que le propriétaire peut refacturer au locataire dans une location vide. Le forfait doit rester en rapport avec les charges réellement supportées, sous peine d’être contesté.

La colocation est possible, mais la loi interdit expressément toute clause de solidarité entre colocataires ainsi que toute solidarité de leurs cautions. Autrement dit, si l’un des colocataires ne paie pas, le bailleur ne peut pas se retourner contre les autres. C’est un point de vigilance sérieux pour le propriétaire, et une raison supplémentaire de soigner la sélection du dossier ou de recourir à la garantie Visale plutôt qu’à un garant. Ceux qui veulent comprendre la portée réelle d’un engagement de garantie liront utilement notre article sur l’engagement du garant dans un bail d’habitation.

Un outil utile, à manier avec rigueur

Pour le bailleur, le bail mobilité présente un avantage réel : une sortie certaine à date fixe, sans procédure de congé. Il expose en revanche à une rotation fréquente, à des périodes de vacance et à l’absence de dépôt de garantie pour couvrir d’éventuelles dégradations, ce qui rend l’état des lieux d’entrée d’autant plus important. Pour le locataire, c’est une réponse concrète à une mobilité subie, sans avoir à immobiliser plusieurs mois de loyer. La rédaction du contrat doit être irréprochable : mention du motif d’éligibilité, durée, forfait de charges, inventaire. En cas de doute sur une situation particulière, notamment sur l’éligibilité du locataire ou sur les règles locales de fixation du loyer, l’ADIL du département renseigne gratuitement les deux parties.

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