Immobilier, location et droit du logement
Journal Immo Immobilier · Investissement · Droit du logement


Donation d’un bien immobilier : abattements, frais et usufruit

·

· par

·

12 min de lecture

Signature chez le notaire d'une donation de bien immobilier, avec le calcul de l'abattement et des frais

Transmettre un appartement ou une maison de son vivant est devenu un réflexe patrimonial, et pour une raison simple : la fiscalité française récompense l’anticipation. La donation d’un bien immobilier permet de purger des droits à un moment choisi, avec un abattement qui se recharge, plutôt que de laisser la succession tout encaisser d’un coup. Encore faut-il savoir ce qu’on paie réellement, parce que le mot « abattement » fait souvent croire à une opération gratuite, ce qu’elle n’est jamais.

Voici le détail complet : l’abattement de 100 000 €, le barème des droits, le calcul de la donation avec réserve d’usufruit, les frais de notaire poste par poste et les pièges qui se voient seulement quinze ans plus tard, au moment du règlement de la succession.

En bref

Chaque parent peut donner 100 000 € à chaque enfant sans droits, et cet abattement se reconstitue tous les 15 ans. Au-delà, le barème en ligne directe monte à 20 % sur la tranche la plus large. La donation en nue-propriété, en gardant l’usufruit, réduit la base taxable de 30 à 60 % selon l’âge du donateur. Les frais de notaire restent dus même quand les droits sont à zéro : comptez environ 4 190 € TTC d’émoluments pour un bien de 300 000 €, auxquels s’ajoutent débours et taxes.

Pourquoi donner de son vivant plutôt que laisser la succession faire

Les droits de succession et les droits de donation obéissent au même barème et au même abattement de 100 000 € en ligne directe. La différence tient à un mot : la répétition. L’abattement de succession ne joue qu’une fois, au décès. L’abattement de donation, lui, se recharge intégralement au bout de 15 ans. Un parent qui donne à 60 ans, puis à 75 ans, puis dont la succession s’ouvre à 90 ans, aura fait passer 300 000 € par enfant en franchise de droits, contre 100 000 € s’il n’avait rien anticipé.

Deuxième argument, plus discret : la donation fige la valeur fiscale du bien au jour de l’acte. Un appartement donné 250 000 € aujourd’hui et qui en vaudra 400 000 € dans quinze ans aura été taxé sur 250 000 €. Le décalage entre le prix de l’immobilier et le barème des droits, gelé depuis 2012, joue ici en faveur de celui qui agit tôt.

Un point à ne pas négliger : la donation d’un immeuble exige un acte notarié. Il n’existe pas de don manuel pour un bien immobilier. Sans acte authentique publié au service de la publicité foncière, la donation est nulle, et l’enfant n’est propriétaire de rien.

L’abattement de 100 000 € par parent et par enfant

L’abattement en ligne directe s’élève à 100 000 € par parent et par enfant. C’est le point que la plupart des gens sous-estiment : il se compte par couple donateur / donataire, pas par bien ni par acte. Un couple avec deux enfants dispose donc de quatre abattements de 100 000 €, soit 400 000 € transmissibles sans un euro de droits, à condition que le bien soit détenu par les deux parents et réparti entre les deux enfants.

D’autres abattements existent et se cumulent selon le lien de parenté : 31 865 € par grand-parent et par petit-enfant, 5 310 € pour un arrière-petit-enfant, et 159 325 € pour un donataire en situation de handicap, cumulable avec l’abattement principal. Ces montants figurent aux articles 779 et 790 B du Code général des impôts et n’ont pas bougé.

Le rappel fiscal des 15 ans, la règle qui piège

Toute donation consentie depuis moins de 15 ans est réintégrée dans le calcul des droits de la donation suivante, et dans celui de la succession. Concrètement, si vous avez donné 60 000 € à votre fille il y a huit ans, il ne vous reste que 40 000 € d’abattement disponible aujourd’hui. Le compteur ne repart de zéro qu’au quinzième anniversaire de l’acte, jour pour jour.

Le point qu’on oublie souvent : ce délai se compte à partir de la date de l’acte, pas de l’année civile. Une donation signée le 20 décembre 2011 a libéré son abattement le 20 décembre 2026. À quelques semaines près, l’économie se chiffre en dizaines de milliers d’euros, donc vérifiez la date exacte de vos actes antérieurs avant de reprendre rendez-vous chez le notaire.

Le barème des droits de donation en ligne directe

Au-delà de l’abattement, la part taxable est soumise au barème progressif de l’article 777 du CGI. Il est identique pour les donations et les successions entre parents et enfants, et il n’a pas été modifié pour 2026.

Part taxable après abattementTaux applicable
Jusqu’à 8 072 €5 %
De 8 072 à 12 109 €10 %
De 12 109 à 15 932 €15 %
De 15 932 à 552 324 €20 %
De 552 324 à 902 838 €30 %
De 902 838 à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %

Dans la pratique, presque toutes les donations immobilières familiales tombent dans la tranche à 20 %, qui s’étend jusqu’à 552 324 €. Un raccourci de calcul utile pour vérifier un devis : entre 15 932 € et 552 324 € de part taxable, les droits valent 20 % de la base moins 1 805,65 €. Sur une part taxable de 100 000 €, cela donne 18 194 € de droits.

La donation avec réserve d’usufruit, le vrai levier

C’est la formule la plus utilisée, et de loin. Le parent donne la nue-propriété du logement à ses enfants et conserve l’usufruit sa vie durant : il continue d’y habiter, ou d’en encaisser les loyers. Les droits ne sont calculés que sur la valeur de la nue-propriété, déterminée par le barème de l’article 669 du CGI en fonction du seul âge de l’usufruitier au jour de la donation.

Âge de l’usufruitierValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Le barème change par tranche de dix ans, ce qui crée des effets de seuil très concrets. Un donateur de 70 ans transmet une nue-propriété valorisée à 60 % du bien ; le même donateur, six mois plus tard, à 71 ans, la transmet à 70 %. Sur une maison de 300 000 €, cet anniversaire coûte 30 000 € de base taxable supplémentaire. Quand la date d’anniversaire approche, signer avant plutôt qu’après n’a rien d’un détail.

Le second avantage arrive plus tard. Au décès de l’usufruitier, l’usufruit s’éteint et l’enfant devient plein propriétaire sans aucun droit supplémentaire à payer. C’est l’article 1133 du CGI qui le prévoit : la réunion de l’usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt ni taxe. La plus-value de valeur accumulée entre la donation et le décès échappe donc totalement à la taxation.

Qui paie quoi pendant le démembrement

La répartition des charges est fixée par le Code civil et mérite d’être expliquée aux enfants avant la signature, faute de quoi les tensions arrivent au premier ravalement. L’usufruitier supporte les charges annuelles : taxe foncière, assurance, charges courantes de copropriété, entretien du logement. Le nu-propriétaire, lui, supporte les grosses réparations énumérées à l’article 606 : gros murs et voûtes, remplacement complet des poutres et des couvertures, digues, murs de soutènement et de clôture. Tout le reste relève de l’entretien, donc de l’usufruitier.

Autre conséquence pratique : une fois la nue-propriété donnée, le bien ne peut plus être vendu par le seul parent. La vente en pleine propriété suppose l’accord de l’usufruitier et de tous les nus-propriétaires. Si une maison de retraite est envisageable à moyen terme, il faut en parler au notaire, qui peut insérer une clause permettant de reporter l’usufruit sur le prix de vente ou sur un bien de remplacement.

Trois cas chiffrés pour voir l’écart réel

Les calculs ci-dessous portent uniquement sur les droits de donation, hors frais de notaire. Ils supposent qu’aucune donation n’a été consentie dans les 15 années précédentes.

SituationBase taxable par parent et par enfantDroits dus
Maison de 300 000 €, couple donateur, 2 enfants, pleine propriété75 000 €, soit moins que l’abattement0 €
Appartement de 300 000 €, parent seul de 68 ans, 1 enfant, pleine propriété200 000 €38 194 €
Même appartement, nue-propriété seule (usufruit à 40 %)80 000 €14 194 €
Maison de 300 000 €, couple de 68 ans, nue-propriété à 1 enfant90 000 €0 €

La lecture est nette. Sur le même bien et pour le même enfant, la réserve d’usufruit fait passer la facture de 38 194 € à 14 194 €, soit 24 000 € économisés pour une seule clause dans l’acte. Et quand le bien appartient à deux parents encore sous les 70 ans, la combinaison du démembrement et du double abattement suffit souvent à ramener les droits à zéro.

Les frais de notaire, dus même sans droits à payer

C’est la mauvaise surprise classique. Même lorsque l’abattement absorbe totalement la valeur donnée, l’acte a un coût. Les émoluments du notaire sont réglementés et calculés par tranches dégressives sur la valeur du bien en pleine propriété, y compris lorsque la donation ne porte que sur la nue-propriété. Le tarif est fixé par l’article A444-67 du Code de commerce.

Tranche de valeur du bienTaux hors taxes
De 0 à 6 500 €4,837 %
De 6 500 à 17 000 €1,995 %
De 17 000 à 60 000 €1,330 %
Au-delà de 60 000 €0,998 %

Appliqué à une maison de 300 000 €, ce barème donne environ 3 491 € hors taxes, soit près de 4 190 € TTC après TVA à 20 %. Sur un bien de 400 000 €, on monte à 4 489 € HT, environ 5 387 € TTC. À cela s’ajoutent la contribution de sécurité immobilière de 0,10 % perçue par l’État, les débours (documents d’urbanisme, état hypothécaire, publication) et, le cas échéant, un émolument de formalités. Prévoyez une enveloppe globale de l’ordre de 5 000 à 6 000 € TTC pour un bien de 300 000 € donné en franchise de droits.

Bonne nouvelle en revanche sur les droits eux-mêmes : le donateur peut les régler à la place de ses enfants, et l’administration ne considère pas ce paiement comme une donation supplémentaire taxable. C’est un moyen simple d’augmenter la valeur nette transmise sans coût fiscal additionnel, à condition de le prévoir dans l’acte.

Donation simple ou donation-partage : le choix qui compte le plus

Fiscalement, les deux formules coûtent la même chose. Civilement, elles n’ont rien à voir, et c’est là que se jouent les conflits familiaux quinze ans plus tard.

Dans une donation simple, le bien donné est rapporté à la succession pour sa valeur au jour du décès. Un appartement donné 200 000 € qui en vaut 400 000 € au décès sera compté pour 400 000 € dans le calcul des parts. L’enfant qui l’a reçu voit donc sa part d’héritage amputée d’autant, alors qu’il n’a rien fait d’autre que subir la hausse du marché ou financer des travaux.

Dans une donation-partage, régie par les articles 1075 et suivants du Code civil, les valeurs sont figées au jour de l’acte dès lors que tous les enfants réservataires y participent et reçoivent un lot. L’appartement restera compté pour 200 000 €. C’est la seule formule qui neutralise vraiment les écarts de valorisation entre héritiers, et c’est celle que recommandent les notaires dès qu’il y a plusieurs enfants. Elle suppose forcément un acte authentique, sous peine de nullité.

Les points qu’on oublie systématiquement

  • La réserve héréditaire. Vous ne pouvez pas donner librement tout votre patrimoine. Avec un enfant, la moitié lui est réservée ; avec deux enfants, les deux tiers ; avec trois enfants ou plus, les trois quarts. Le solde constitue la quotité disponible.
  • La plus-value est purgée. Le donataire reprend le bien à sa valeur déclarée dans l’acte de donation. S’il revend peu après, la plus-value imposable se limite à la hausse constatée depuis la donation. L’intérêt est réel pour une résidence secondaire ou un bien locatif, mais l’administration surveille les montages où le parent récupère ensuite le prix de vente.
  • La valeur déclarée doit être crédible. Sous-évaluer le bien pour rester sous l’abattement expose à un redressement, avec intérêts de retard et pénalités. Appuyez-vous sur des références de ventes récentes dans le secteur, que le notaire sait sortir de la base immobilière des notaires.
  • Les clauses de protection. Réversion d’usufruit au profit du conjoint survivant, droit de retour conventionnel si l’enfant décède avant le donateur, clause d’inaliénabilité : ces mécanismes se prévoient à la signature et jamais après.
  • Le don d’argent est une autre voie. Jusqu’au 31 décembre 2026, l’article 790 A bis du CGI exonère les dons de sommes d’argent consentis à un enfant ou un petit-enfant dans la limite de 100 000 € par donateur et 300 000 € par bénéficiaire, à condition que la somme finance l’achat d’un logement neuf ou des travaux de rénovation énergétique de la résidence principale, avec un remploi dans les six mois. Ce dispositif ne s’applique pas à la donation d’un bien immobilier existant, mais il se cumule avec l’abattement de 100 000 € et mérite d’être arbitré au moment de choisir entre aider à l’achat et transmettre un bien.

La marche à suivre concrètement

Commencez par ressortir vos actes de donation antérieurs et notez leur date exacte, pour savoir quelle fraction d’abattement reste disponible. Faites ensuite estimer le bien sérieusement, en vous appuyant sur des ventes comparables plutôt que sur une estimation en ligne. Vérifiez l’âge du donateur par rapport aux tranches du barème de l’usufruit, puisque quelques semaines peuvent déplacer la base taxable de dix points.

Présentez ensuite au notaire l’objectif réel, et pas seulement la demande technique : continuer à habiter le logement, protéger le conjoint, éviter les disputes entre les enfants, préparer une vente à terme. Ces objectifs déterminent le choix entre donation simple et donation-partage, le maintien ou non de l’usufruit et les clauses à insérer. Demandez enfin un devis écrit détaillant séparément les droits de donation, les émoluments, les débours et les taxes : c’est le seul moyen de comprendre ce que vous payez, et de vérifier que le calcul des abattements a bien été fait par parent et par enfant.

Sur le même thème : Charges de copropriété, Taxe foncière : calcul, exonérations et Enfouissement de câble : quelle profondeur.